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Quartier de Serrières, comme un parfum de chocolat
Le vallon de Serrières porte encore les traces de son passé industriel, marqué par la force tranquille de sa rivière. Son débit constant a permis, dès le 19ᵉ siècle, l’essor d’activités comme la papeterie, la forge, mais surtout la chocolaterie.
De 1826 à 1993, les usines Suchard ont façonné l’identité du quartier. L’odeur du chocolat flottait dans l’air, et la vie s’organisait autour de cette industrie. Beaucoup d’habitant de ce quartier ont y ont travaillé.
Pour cette exposition, je suis parti à la rencontre d’anciens employés de “la Suchard”, recueillant le récit de leur travail, leurs souvenirs et leur lien profond à ce lieu. De ces échanges sont nés des diptyques : un portrait et, en écho, un bâtiment lié à leur histoire dans l’usine. Ces images racontent à la fois le passé et le présent, de ce qui reste vivant encore aujourd’hui. Elles composent une trace sensible du temps, un reflet vivant du présent.
Diptyque 1

Le Plateau de Tivoli, vu depuis la rue. Construction vers 1960, pour la production de la partie confiserie (rue de Tivoli n°26-28).

Michèle Compert-Fourgery a travaillé 10 ans au service du personnel de Suchard de 1980 à 1990.
« Il y avait eu une fusion entre Suchard Serrières et puis Tobler à Bern au début des années 80, j’étais rentrée depuis peu. A cette époque il y avait environ 600 employés de fabrique, hommes, femmes de toutes nationalités confondues. »
« A l’heure de la fin du travail, autour de midi et à la fin de l’après-midi, ça courait partout dans les escaliers, il y avait un bruit incroyable. Les gens sortaient pour prendre le bus, beaucoup habitaient à Neuchâtel, ou allaient d’abord faire des courses car il y avait beaucoup de magasins. C’était assez joyeux en fait… c’était l’heure de la sortie. »
« 1990, c’était une année marquante parce qu’au service du personnel de la fabrique, on a liquidé les dossiers des personnes et on était 2 dames dans ce bureau et on ne voyait plus que quelques techniciens, électriciens, mécaniciens qui démontaient aussi. Donc on était très peu dans un immense bâtiment, dans un désert presque. Voilà, ça c’est une image marquante de fin qui m’est restée et qui était assez triste. »
Diptyque 2

Bâtiment des usines Sugus rue Erhard-Borel, construites vers 1959.

Giuseppina Positano a travaillé de 1967 à 1969 à la confiserie puis de 1973 à 1980 sur les machines de production des Sugus. Ses parents ont aussi commencé à travailler à la Suchard en 1967 quand ils sont arrivés tous les trois d’Italie.
« La production de Sugus était très importante, on faisait même de la Colamine (Médicament pour le cœur en vente dans les pharmacies) une semaine par an. C’était très stricte pour la Colamine, il fallait nettoyer toutes les machines. »
« Ça m’a fait mal que les usines soient fermées. Parce que c’était quelque chose La Suchard à Neuchâtel. Et puis c’est triste… oui… encore maintenant, quand je passe devant, cela me fait mal au cœur et puis j’ai des souvenirs qui reviennent »
Diptyque 3

Bâtiment Fabrique métallique, dite « l’Américaine », édifiée en 1899 (rue de Tivoli n°24 et rue des Usines n°20).

Maurice Déjardin a grandi à Serrières, rue des Usines. Sa mère Isabelle Déjardin a travaillé à la confiserie Suchard de 1959 à 1983 comme cheffe d’atelier.
« On sortait de l’école et on l’attendait la sortie d’usine là, avec mon frère et ma sœur, devant cette grande porte vitrée. A chaque fois que je repasse devant, je repense à ces moments »
« Ma maman elle travaillait à la confiserie… c’est drôle parse que quand elle a commencé à travailler à la Suchard, elle faisait des bonbons. C’était des bonbons au chocolat et puis dessus c’était une décoration d’une perce-neige. Elle faisait ça à la main, avec des cornets, elle faisait comme ça chaque bonbon… tu te rends compte toute la journée elle faisait ça… mais alors c’était magnifique tu vois »
Diptyque 4

La Fabrique rouge édifiée en 1906 (rue des Usines n°20).

Guiseppa Barone a travaillé comme ouvrière pour le remplissage des boites de pralinés, ainsi qu’à la confection des nœuds en ruban pour Pâques, entre 1972 et 1987.
« D’abord on remplissait des boites de chocolat. Il fallait faire tout à la main. Il fallait bien contrôler que le praliné soit belle, jolie …voila. Pas qu’il y ait des marques ou que c’était cassé et tout ça. Fallait bien les contrôler et puis remplir les grilles. »
« Le triage c’était tout à la main. On avait le grand chef qui ne voulait pas de machine. Parce qu’elle disait que les machines, elles n’ont pas d’yeux pour voir si le praliné il est beau ou non. Mais normalement, une personne qui achète une boite et qui l’ouvre, c’est bien de voir les pralinés qui sont belles, c’est vrai ou non ? Même si le chocolat il est très bon. »
« En tout cas c’était la belle vie la Suchard. C’était bien …Ce qui m’a plu ? Tout ! les collègues… on ne disait pas des collègues on disait des amis, hein. Et puis les chefs ils étaient vraiment aimables, même les grands chefs d’ateliers, ils étaient vraiment super ; C’était pas comme maintenant il y a le stress avec le travail, mais à l’époque ce n’était pas comme ça. Le rythme de la machine c’était pas vite, on avait le temps de mettre les chocolats dans les grilles. »
Diptyque 5

Bâtiment Suchard de la rue de Maillefer, juste au-dessous de la gare de chemin de fer, d’où arrivait les fèves de cacao et ou repartait les produits finis vers toute l’Europe.

Nicolas Barone a travaillé comme ouvrier pour la fabrication des chocolats de 1981 à 1988 puis ouvrier de manœuvre pour la préparation de la pâte des Sugus de 1989 et 1992.
« Le travail, il était apprécié. Parce que si vous voulez, tous les immigrés, ils ne connaissaient pas le chocolat, ils ne savaient pas qu’est-ce que c’est le chocolat. Et nous on n’étaient pas du métier du chocolat, et j’étais là, je faisais du chocolat. Ils nous ont appris comment travailler le chocolat. Aujourd’hui une entreprise, ils ne prennent pas la préoccupation de dire cet ouvrier-là, je le pousse dans la fabrication et puis je le porte avec la main, je le porte ou je le veux. Moi quand je suis arrivé d’Italie je connaissais le bâtiment, je ne connaissais pas le chocolat »